Le devis de passage au bassin que vous signez est rarement la facture que vous payez. Sur un arrêt technique, les dpassements de 20 à 40 % sont assez frquents pour que beaucoup d'armements les provisionnent d'avance. Or ce qui spare les exploitants qui tiennent leur budget de ceux qui le subissent n'est presque jamais le talent de ngociation : c'est la qualit de la spcification remise au chantier. Et cette qualit ne se fabrique pas trois semaines avant l'accostage — elle se construit toute l'anne, dans un logiciel de planification de passage au bassin (drydock planning software), c'est-à-dire, en pratique, dans votre ϳԹ maritime.
La scène est connue de tous les responsables techniques. À l'approche de l'arrêt, on convoque le chef mcanicien, on rouvre le dossier du bassin prcdent, on fait le tour des mmoires : « il me semble qu'une vanne de coque tait dure au refoulement tribord », « le presse-toupe suintait djà l't dernier ». La spcification qui en sort est incomplète, peu chiffrable, et chaque oubli ressurgira au chantier sous forme d'avenant — factur sans concurrence, au tarif de celui qui tient votre navire au sec.
Nous avons djà trait la mthode et le budget de l'arrêt technique dans notre article sur le plan de carnage. Celui-ci s'attache à l'outil : ce qu'un logiciel doit faire pour transformer votre historique de maintenance en spcification, tenir les avenants pendant le chantier et capitaliser chaque intervention pour le cycle suivant.
Qu'est-ce qu'un logiciel de planification de passage au bassin ?
Ce n'est pas un outil de plus à côt de la ϳԹ : c'est la ϳԹ elle-même, utilise sur tout le cycle du bassin. Un logiciel de planification de passage au bassin sert à trois choses : accumuler pendant la saison les travaux à reporter au sec (ordres de travail diffrs, tiquets, photographis), les transformer en spcification structure au moment de l'appel d'offres, puis tracer pendant l'arrêt les avenants, les fournitures armateur et les coûts rels. Un tableur peut lister des travaux ; il ne sait ni relier chaque ligne à un quipement et à son historique, ni dclencher les achats, ni conserver la preuve photographique qui fera foi en fin de chantier.
Les diteurs parlent selon les cas de ϳԹ maritime, de PMS (planned maintenance system) ou de logiciel de maintenance navale. Peu importe le nom : ce qui compte, c'est que l'outil couvre le cycle complet dcrit ci-dessous, et qu'il fonctionne à bord, hors connexion, là où les constats se font.
La spcification s'crit toute l'anne, pas trois semaines avant
Chaque constat fait en exploitation appartient à la liste du prochain bassin dès l'instant où il est fait. Une vanne de coque grippe qu'on ne peut pas remplacer à flot, un joint de ligne d'arbre qui suinte, un revêtement qui cloque à la flottaison, une anode consomme à 80 % : autant d'observations qui, sans outil, finissent dans un carnet personnel — et dbarquent avec leur auteur à la fin de son embarquement.
Le geste qui change tout : diffrer l'ordre de travail
Dans une ϳԹ, le circuit tient en trois gestes. L'officier constate, ouvre un ordre de travail depuis son mobile, joint deux photos et la localisation exacte. Il le qualifie : « ne peut être ralis qu'à sec ». Il le diffère avec une tiquette ddie — « bassin » — et passe à autre chose. Le constat est dat, illustr, rattach à l'quipement et à son historique. Trente secondes à bord, des heures gagnes à terre.
Ce qui alimente la liste au fil de la saison
- Œuvres vives et appendices : tat du revêtement, chocs, zones d'osmose ou de corrosion, propret de carène.
- Vannes et traverses de coque : duret de manœuvre, corrosion des passe-coques, prises d'eau à inspecter.
- Ligne d'arbre et propulsion : jeux, suintements de joint, tat d'hlice, jeux de tube d'tambot à mesurer.
- Protection cathodique : taux de consommation des anodes relev à chaque visite sous-marine.
- Apparaux et chaînes : calibrage de chaîne, tat des maillons, verrines et lignes de mouillage.
- Capteurs et sondes de coque : loch, sondeur, prises ICCP, à dposer ou contrôler à sec.
- Travaux de visite rglementaire : ce que la socit de classification ou l'administration demandera de prsenter à sec.
Au moment de l'appel d'offres, la spcification n'est plus à crire : elle est à 徱ٱ. On filtre les ordres de travail tiquets « bassin », on les hirarchise (impratif, souhaitable, opportunit), on y ajoute le socle standard — notre checklist de carnage annuel en donne la trame — et l'on obtient un document où chaque ligne porte un quipement, une photo, un historique et une priorit.
Caler la date : fenêtres de visite et disponibilit des chantiers
La date d'un passage au bassin est contrainte deux fois. D'abord par le calendrier rglementaire : les visites de coque à sec s'inscrivent dans le cycle de visites de votre socit de classification ou de votre administration de pavillon — gnralement deux mises à sec par priode de cinq ans, avec un intervalle maximal entre elles, certaines visites intermdiaires pouvant selon les cas être ralises à flot. Manquer une fenêtre, c'est ngocier un report, naviguer sous condition, ou immobiliser le navire au pire moment. Ensuite par le march : les chantiers se rservent des mois à l'avance, et rserver tard signifie prendre le crneau qui reste, au prix qui reste, parfois à des centaines de milles de votre zone d'exploitation.
C'est ici que le logiciel joue un rôle que le tableur ne peut pas tenir : une vue consolide, à l'chelle de la flotte, de toutes les chances de visites et de certificats à horizon de deux ans. Le module de gestion des certificats et du calendrier de classification alerte avant chaque fenêtre, et la vue flotte permet d'taler les arrêts : deux navires au bassin le même mois, c'est deux quipages de renfort, deux surveillants de chantier et une trsorerie sous tension.
| Contrainte de date | Source | Horizon de prparation |
|---|---|---|
| Fenêtre de visite à sec | Socit de classification ou administration de pavillon | Connue des annes à l'avance — à suivre en ϳԹ |
| Anniversaires de certificats | Certificats statutaires du navire | 12 à 24 mois |
| Crneau de chantier | March — capacit des formes et lvateurs de la zone | Rservation 6 à 12 mois avant, selon la rgion |
| Saisonnalit d'exploitation | Campagne de pêche, saison touristique, contrat d'affrètement | Arbitrage armateur — l'arrêt se place en creux d'activit |
| Approvisionnements longs | Pièces à dlai : arbre, hlice, vannes spciales, peintures | Commande 3 à 9 mois avant l'accostage |
De l'historique ϳԹ à l'appel d'offres chantier
Une spcification issue de la ϳԹ change la nature même de la consultation. Les devis de chantier ne sont comparables que si tous les candidats chiffrent exactement le même primètre, dcrit au même niveau de dtail. Quand la spcification est vague, chaque chantier interprète, minore pour gagner l'affaire, et se rattrape sur les avenants. Quand elle est prcise — quipement identifi, photo à l'appui, quantits mesures — le devis le moins cher a une chance d'être rellement le moins cher.
| Spcification « de mmoire » | Spcification issue de l'historique ϳԹ | |
|---|---|---|
| ܲپ | Dpend des personnes prsentes et de leurs souvenirs | Tous les constats de la saison, dats et photographis |
| Chiffrage par le chantier | Provisions larges, marges d'incertitude factures | Lignes prcises, quantits connues, devis serrs |
| Comparabilit des offres | Faible — chaque chantier comprend autre chose | Forte — même primètre pour tous |
| Avenants en cours de chantier | Nombreux : les oublis se dcouvrent au sec | Limits aux vraies dcouvertes (sondages, expertises) |
| Litiges de rception | Parole contre parole | Historique et photos avant/après opposables |
La structure du document, elle, reste classique : postes standards du chantier (mise à sec et remise à flot, tins et accores, chafaudages, branchements, gardiennage), travaux issus de l'historique, travaux exigs par la visite, et une provision explicite pour alas. Le chiffrage de chaque poste s'appuie sur les coûts rels des bassins prcdents enregistrs dans l'outil — c'est aussi ce qui permet de dfendre le budget devant la direction avec autre chose que des estimations.
Pendant l'arrêt technique : avenants, fournitures armateur et avancement
Le devis sign, tout se joue dans la tenue du chantier. Trois disciplines, toutes trois outilles par le logiciel, maintiennent la facture près du devis.
Tracer chaque avenant avant qu'il ne soit excut
Les travaux supplmentaires — ce que les chantiers appellent growth work — reprsentent couramment 10 à 30 % du montant initial : sondages d'paisseur qui rvèlent une tôle à remplacer, vanne dont le corps est repris par la corrosion, surprise sous le revêtement. Le problème n'est pas leur existence, invitable, mais leur traçabilit. La règle : aucun avenant sans ordre de travail cr, chiffr et approuv avant excution. Dans la ϳԹ, chaque demande du chantier devient un OT rattach à l'quipement, avec devis joint, photo du constat et validation formelle du responsable de flotte — y compris à distance, depuis le bureau. En fin de chantier, la ngociation ne porte plus sur une liste reconstitue de mmoire, mais sur une liste horodate que personne ne conteste.
Livrer les fournitures armateur à temps
Un chantier qui attend une pièce fournie par l'armateur facture l'attente — ou dcale la remise à flot. Anodes, vannes, joints de ligne d'arbre, peintures spcifiques : chaque fourniture armateur doit être commande via le module achats, avec une date de livraison cale sur le planning du chantier et un suivi de statut visible du bord comme du bureau. Le stock existant se vrifie avant de commander : la gestion du stock de pièces vite d'acheter ce qui dort djà dans un magasin de la flotte.
Consigner l'avancement jour par jour, photos à l'appui
Un relev quotidien — travaux du jour, photos, points bloquants — constitue la base de preuve pour la rception, les rserves, les rclamations de garantie et la ngociation de fin de chantier. Avec une application mobile qui fonctionne hors connexion, le surveillant de chantier saisit au pied de la coque, même dans une forme sans couverture rseau ; la synchronisation se fait plus tard. Les photos avant/après de chaque zone traite, rattaches aux OT, valent toutes les lettres recommandes.
Capitaliser : le bassin qui s'achève prpare le suivant
Le passage au bassin qui se termine est la base de donnes du prochain. À condition de fermer proprement : chaque ordre de travail clôtur avec son coût rel (main-d'œuvre chantier, fournitures, sous-traitance), les compteurs remis à zro sur les quipements remplacs ou rviss, les rapports d'expertise et mesures d'paisseur archivs en pièces jointes, l'tat du revêtement document zone par zone.
Ce que cette capitalisation rapporte au cycle suivant :
- Un chiffrage crdible : le coût rel par poste devient la rfrence de la prochaine consultation — plus de provisions au doigt mouill.
- Une valuation objective du chantier : tenue des dlais, taux d'avenants, qualit des reprises, pour dcider en connaissance de cause de la reconduction.
- Des tendances techniques : consommation d'anodes par priode, vitesse de dgradation du revêtement, jeux de ligne d'arbre d'un bassin à l'autre — la matière première des dcisions d'investissement.
- Un dossier opposable : en visite de classification, en inspection Port State Control ou en litige de garantie, l'historique complet et dat fait la diffrence.
- Une spcification djà crite à 80 % : le jour où le cycle suivant s'ouvre, la liste des travaux diffrs recommence à se remplir toute seule.
Ce cercle — constater, diffrer, spcifier, tracer, capitaliser — est exactement la logique de maintenance planifie que dcrit notre guide complet de la ϳԹ maritime, applique à l'vnement le plus coûteux du cycle de vie du navire.
Les fonctions à exiger d'un logiciel de planification de passage au bassin
Au moment de choisir, jugez l'outil sur le cycle complet, pas sur une fonction « bassin » cosmtique. Voici la grille minimale.
| Fonction | Pourquoi elle est indispensable | Question à poser à l'diteur |
|---|---|---|
| Ordres de travail diffrs et tiquets | C'est le mcanisme qui construit la spcification toute l'anne | Peut-on diffrer un OT avec motif « à sec uniquement » et le retrouver par filtre en un clic ? |
| Mobile hors connexion | Les constats se font en fond de cale et en forme de radoub, pas au bureau | Que se passe-t-il sans rseau pendant huit jours ? La file d'attente de synchronisation est-elle fiable ? |
| Calendrier des visites et certificats | La date du bassin dpend des fenêtres de classification | Les chances de toute la flotte sont-elles visibles sur un même cran, avec alertes ? |
| Photos et pièces jointes sur OT | La preuve avant/après vaut contrat en fin de chantier | Combien de photos par OT, et restent-elles lies à l'quipement dans l'historique ? |
| Module achats intgr | Les fournitures armateur en retard coûtent des jours de forme | Une demande d'achat peut-elle naître d'un OT et suivre la livraison jusqu'au chantier ? |
| Coûts rels par ordre de travail | Sans coûts clôturs, pas de chiffrage du cycle suivant | Peut-on ventiler main-d'œuvre, pièces et sous-traitance par OT et par arrêt technique ? |
| Vue flotte multi-navires | L'talement des arrêts se dcide à l'chelle de la flotte | Le siège voit-il l'avancement du chantier en temps rel, navire par navire ? |
| Export de la spcification | Le document part chez trois chantiers concurrents | Peut-on exporter la liste filtre avec photos et priorits dans un format exploitable ? |
Cette grille s'insère dans une valuation plus large : notre grille de 32 critères pour choisir sa ϳԹ maritime couvre le reste — hbergement, support, reprise de donnes, conformit.
En rsum
Un logiciel de planification de passage au bassin n'est pas un module exotique : c'est votre ϳԹ maritime utilise avec discipline sur le cycle complet de l'arrêt technique. La spcification se construit toute l'anne par ordres de travail diffrs et photographis ; la date se cale sur un calendrier de visites tenu à jour à l'chelle de la flotte ; le chantier se tient par la traçabilit des avenants, des fournitures armateur et de l'avancement quotidien ; et la clôture aux coûts rels fait du bassin qui s'achève la base de donnes du suivant.
Le gain n'a rien de thorique : une spcification exhaustive resserre les devis et les rend comparables, des avenants approuvs avant excution suppriment les mauvaises surprises de fin de chantier, et un historique complet transforme la ngociation comme les visites rglementaires. C'est la diffrence entre subir son arrêt technique et le piloter.
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